26.09.2006

Aqua, le fish'n chips!

A defaut d'une boite de chocolat, je comparerais la vie a une immense et longue representation theatrale. Chacun jouant son role avec plus ou moins de talent. Le personnage se modifie parfois en fonction du decor.
J'ai bien appris mon texte, je connais mes deplacements, mes intentions de jeu par coeur. Je peux reciter les yeux fermes et les mains libres la partie qui m'est destinee.

Avant chaque representation, il nous faut preparer la scene. Il est 11 heures, j'entre sur le plateau. J'ai une heure pour pretendre etre une serveuse hors-pair de poissons et de frites, le tout avec un sourire.
Mon costume est pret : pantalon et tee-shirt noirs, austere mais neutre. Manque l'accessoire qui convaincra le public. Je descends les marches, j'arrive dans la cuisine. J'ouvre mon casier - nous dirons pour les besoins de la rhetorique qu'il s'agit d'une loge immense et spatieuse, remplie de fleurs, de lettres d'admirateurs (les sms que m'envoient mes amis pour me donner du courage!), de scripts (le prix et la composition des plats), de contrats allechants (l'enveloppe de la paye?).

Au lieu de ca, je decouvre mon tablier, noir, pour changer. Que le spectacle commence.
A peine le cuisinier entend-il la clef debloquer la porte qu'il abore un sourire amical et declame son monologue repetitif mais sympathique.
"Tu aimes Charles de Gaulle ?, me demande-t-il les yeux brillants de malice et d'espoir.
J'ai bien appris mon role. Je ne fais qu'un avec le personnage desormais. Je suis serveuse, plus l'ado passionnee.
Je pense a vous, je fulmine mais peniblement j'esquisse un "Oui, je l'aime bien ce bon vieux Charly" d'un mouvement de la tete. Il s'arrete de couper les tomates. C'est ecrit en italique dans le grand livre de sa vie. Il sourit et marque une pause. "Moi aussi, reprend-il de plus belle, parce qu'il a libere la France et de jolies filles comme toi sont libres de venir en Australie." Certes...
Je lui rends son sourire pour le remercier. Un compliment vaut parfois la peine de deroger a ses opinions, non?

Toute engaillardie par ce flots de louanges (je vous ai fait la version courte, la Director's Cut est franchement lourde et manque d'action), je remonte sur le plateau. Je me concentre. Je dois tenir dans la peau de cette docile et aimable serveuse, un vrai travail d'acteur.

Le metteur en scene, mon manager, connait lui aussi son role sur le bout des levres. Comme chaque jour, il m'ordonne les memes taches que j'aurais deja excecutees. Une ronde de mouvements reglee sur les flashs de la BBC. Il doit (se?) prouver qu'il est le marionnetiste. Il le porte sur lui. Tenue detendue puisqu'il ne travaille pas, il dirige! Il abandonne souvent ses artistes, nous laissant quelques fois le choix de l'improvisation.

La piece dure quatre longues heures et se finit, comme toute tragedie qui se respecte par l'aneantissement du personnage principal : mon dos. La fatalite s'abat sur le caractere pourtant sympathique de la pauvre Francaise.
Repondant a la symetrie des 12 coups qui annoncent le debut de la piece, le coup de serpillere prepare la tombee de rideau. Reste le salut final mais sans applaudissement.

La dure realite d'une artiste incomprise.
Voila qui devrait vous tenir en haleine quelques temps. Ma maman est la (!), je m'envole pour les terres centrales. Suite au prochain episode.

11.09.2006

11 Septembre

Allez, on va tomber un peu dans le pathos de cet anniversaire de la chute des deux tours. Je viens de recevoir un message d'une copine, un peu hippie, beaucoup perdue. J'ai envie de vous le faire partager, pcq, vraiment ca vaut le coup d'oeil...


TO ALL MY BEAUTIFUL FRIENDS (beautiful c'est forcément pour moi! ;) ), MY MESSAGE OF LOVE TODAY IS : FREEDOM IS FOUND IN FORGIVING. LOVE AND POSITIVE VIBRATIONS (ca, c'est quand un pote t'appelle pour aller partager une pinte!) TO YOU ALL.

Voilà, ca m'a fait rire. Bienvenus dans mon monde! Des gens spé, qui me font penser que je suis pas si tarée que ça! Ca fait plaisir!

04.09.2006

Aid/Watch

Le réveil sonne. J'ouvre un oeil. La lumière du jour remplit doucement ma chambre. La chaleur commence à s'installer, les rayons du soleil caressent les murs. J'ouvre l'autre oeil. L'intense clarté est de bonne augure. L'été arrive. Je me lève, peut-être un peu trop vite. Je manque de marcher sur les innombrables affaires qui jonchent le sol. Peu importe. Une nouvelle journée commence. Petit déj' frugual, douche, et préparation de ma/mon lunch box. Je ferme la porte, descends les escaliers. Me voilà dans la rue. La musique de mon Ipod rythme mes pas. Sur les lampadaires, des péruches, dans les arbres des oiseaux multicolores. Le vent chaud de l'océan me berce et m'empêche de sortir totalement de mes songes.

Comme tous les matins, je commande un Latte to take away au café qui fait l'angle. Une fois armée de ma dose de caféine, j'avance jusqu'à la plage. Comme tous les matins, je regarde l'océan en attendant le bus. Les vagues, la couleur de l'eau ne sont jamais les mêmes, seule la beauté du paysage demeure. Comme tous les matins, j'esquisse un sourire en me disant : "Y'a pas à dire, elle est belle!". Je monte dans le bus (qui n'est pas aussi chaotique qu'à Buenos Aires mais qui vaut tout de même son pesant de cacahuètes!), j'ouvre mon bouquin et me voilà partie pour une heure de trajet. (Je vous passe les détails de l'attente interminable à Bondi Junction pour la correspondance. J'omets de vous dire que lorsque le bus stoppe devant l'hippodrome je me surprends à vouloir reprendre l'équitation).

Erskineville, je descends. J'arrive à la porte d'Aid/Watch. Je sonne en levant les yeux en direction de la fenêtre ouverte. On me balance les clefs (au sens littéral du terme). Nous partageons l'immeuble avec les Verts. Je passe le hangar où s'ammoncèlent des tonnes de cartons, d'affiches, de vieux photocopieurs, des rangées de poubelles à tri, des kilomètres de drap blanc pour les manifestations. Une caverne d'Ali Baba écologiste. A l'étage, derrière une porte vitrée, le staff est déjà là, chacun devant son ordinateur. Les murs sont recouverts d'affiches activistes où du planning du mois. Sur les étagères s'alignent des livres sur l'OMC, la dette, l'aide humanitaire des grandes organisations, des rapports sur AusAid (l'aide du gouvernement australien), des classeurs de dossier sur le commerce équitable ou pas. Pour résumer le parfait kit de l'activiste à Aid/Watch!

Le bureau miteux où il fait bien plus froid qu'au dehors abrite une ambiance chaleureuse. Une équipe jeune, dynamique et compétente travaille d'arrache-pied pour maintenir en vie leur protégée.
Enfantée il y a une quizaine d'années maintenant, Aid/Watch est la seule, l'unique, la vraie ONG qui peut se targuer d'être indépendante, TOTALEMENT indépendante... Elle ne reçoit d'argent ni du gouvernement (ça paraît évident mais ce n'est pas si commun) ni même des grandes firmes multi-nationales. Les fonds ont pour origine les dons des membres ou des fondations, qui accessoirement reçoivent leur financement de ces fameuses corporations (détail...). Elle a pour but de surveiller l'allocation des fonds, principalement du gouvernement, pour les campagnes en Asie-Pacifique. Chacun travaille selon son domaine de compétence (autant dire qu'au début, je faisais pas grand chose).

D'abord, il y a Karen. Une jeune femme toujours souriante, spécialisée sur le Timor Oriental et les enjeux de la dette est notre "correspondante médiatique". Collée au téléphone pour répondre aux interviews, elle parle avec une facilité déconcertante de l'aide australienne dans les îles Salomon, du travail de la terre en Papouasie Nouvelle Guinéee (PNG pour les intimes) comme des principaux enjeux de la prochaine réunion du G20. Son bureau est tout aussi désordonné que son travail est efficace. S'entassent des flyers, des adresses de correspondants comme des exercices de relacation à faire au bureau.

Flint est notre nouvel arrivant. Il remplace ce cher Tim en qui nous avions tant d'espoir. Son poste consiste en la récolte de fonds, lourde et périlleuse responsabilité. Adepte inconditionnel du thé dans un nuage de lait, il occupe ses journées en pianotant sur son clavier. Je l'ai même surpris à lire ses mails perso. Ce qui a immédiatement détruit le peu de culpabilité que j'avais à faire de même.

Kate est notre Co-directrice. Australienne farfelue ayant vécu à Poitiers (paye ton dépaysement!), elle s'occupe de la relation avec les membres mais aussi de tout ce qui concerne la PNG. En constante effervescente, elle organise les meetings avec la chaîne ABC et à superviser une superbe exposition photo. Vraiment ca valait le coup d'oeil!

Et pour finir, les bénévoles. Ben, un anarchiste proudhonnien gère le staff, il coordonne les volontaires pour l'organisation d'événements. Keira, jeune étudiante studieuse écrit un rapport sur AusAid en PNG. Il y a aussi Dave, un Américain super sympa qui fait les meilleurs cafés au monde (on est stagiaire ou on l'est pas!). Je n'oublierai pas April, notre comptable octogénaire s'affolant de la moindre irrégularité et d'autres qui viennent mes jours de repos tant mérités. (No comment).

Toutes les notes